Lettre ouverte à Slimane Nebchi

Je ne suis habituellement pas une fan zélée de célébrités, ni même une admiratrice enthousiaste d’artistes français! 

Une dame n’est pas fana, que cela induirait-il en terme d’accessibilité lorsqu’assurément il s’agit d’un état qui dévaste un arcane, le fruit précisément de tant de sacrifices…

Et pourtant, je n’eus d’autre choix que de contrevenir à cette posture théorique, devenue imposture empirique, lorsqu’il m’eut été donnée de découvrir l’âme d’un certain Slimane Nebchi.

La première fois que je t’écoutai Slimane, tu n’étais pas encore connu!

Peut-être avais-tu participé à un ou deux télé-crochets dont je ne suis pas spectatrice mais la saison de The Voice qui t’élirait plus tard plus belle voix de l’année, sous le regard de millions d’individus subjugués, n’avait pas encore étrenné ta sensibilité valeureuse, illimitée et intemporelle, ton intégrité rare, contagieuse, et tellement heureuse!

La première fois que je t’entendais, je suivais des cours de théâtre au sein d’une école dont les façons n’avaient malheureusement guère d’effets sur mes émotions, quoiqu’elles aient fait illustration sur nombre de jeunes gens, sans hyperbole. 

Opiniâtre, je prenais les exercices destinés à la relaxation -prémisses inévitables à l’entrée dans le vif du sujet- pour un heurt intenable à ma pudeur, a fortiori quand il était question de se toucher le corps lorsqu’intraitable, j’étais venue trouver un projectif pour mon coeur!

Puis, un jour, le Cador des lieux se fit remplacer par sa fille et elle prit le parti de nous libérer de la corvée rituelle au profit d’une nouvelle pratique, le relâchement en musique… Bonheur…

C’est ainsi qu’au milieu d’une playlist Soul-Funk de qualité, se met à psalmodier intensément un chanteur français et instantanément, des larmes se mettent à perler sur ma joue!

Est-ce parce qu’il clame l’injustice d’une stigmatisation, d’un blâme constant et inique que je réprouve tant ou simplement parce que j’éprouve déjà la sincérité unique d’un jeune garçon comme il en est tant? 

Toujours est-il que me voici marquée par ce moment d’or, celui-la-même que je cherchais avec audace en m’inscrivant dans cette classe et qui me ramasse, m’empoigne et me soigne sur un coup du sort!

Quelques mois après, je te reconnaitrai sans tergiverser après que ma meilleure amie m’ait invitée à t’écouter en replay! Tu participais alors à cette émission -de variété certes- mais que nombreux prétentieux n’ont en fait la témérité d’affronter!

Puis je te suivrai des mois, des années finalement…

Il y a dix jours, enfin, j’assistai avec enchantement à ton concert au Zénith de Paris. 

Quelque chose de frappant se produisit : tu es entré sur la scène en claironnant « pardon et merci »…

Cela parait anodin? Mais qui… qui, aujourd’hui détient l’humilité, la simplicité, le respect, la conscience et la déférence de se présenter en s’excusant auprès des siens? 

A nouveau, j’ai pleuré… Oh, pas de chagrin, de reconnaissance, d’espérance…

Mais qui es-tu petit ovni? Qui es-tu au sein de ce monde nauséabond, trop souvent intolérant et violent!

J’ai eu la sensation… une sensation qu’il est moralement interdit de partager… mais puisque je l’ai pensé et qu’il m’est rarement arrivé de taire ce qui m’a traversée… la sensation que tu ressuscitais les déportés exécutés ou décédés d’épuisement dans les camps. 

Est-il d’ordinaire admissible qu’une jeune juive ashkénaze, un peu trop sensible et n’ayant que peu affronté, ose transcrire ces mots? 

Si en sus, l’on savait que je lis régulièrement le Coran, on me prêterait une conversion ou pis une possession pour accompagner ma névrose!

Malheureusement, nous évoluons dans une société cloisonnante et sclérosante mais au risque de m’enfoncer je m’explique quant aux bases de mon analogie impulsive du pire.

Les frères de mon grand père sont décédés à Auschwitz parce qu’à tort, ils croyaient en l’humanité : l’un d’entre eux était violoniste concertiste, il était artiste, il était utile avant d’être juif, s’imaginait-il! A la bonne heure… C’était sans compter sur les ennemis du coeur qui en eurent condamné autrement….

L’homme est naïf, oui, mais seulement puisqu’il est homme!

Il en fut aussi ainsi des soeurs de mon arrière grand-mère qui refusèrent de fuir ne souhaitant rien ouïr de cette horreur qui se profilait!

La femme est crédulité, c’est vrai, mais c’est parce qu’elle est bonté!

Alors mes grands-parents -sans jamais ne rien dire de ce qu’ils subirent- prirent le contre-pied de ce qu’ils se virent infligés et nous apprirent à aimer sans juger, sans différencier, à l’intelligence du coeur, aux sincères valeurs, au reflet des yeux et à l’honneur, non à l’appartenance communautaire et c’est ici que se loge l’essence de mon judaïsme, un judaïsme de mélioration, non d’exclusion. 

C’est ce que tu es à mon sens, lorsqu’avec élégance tu refuses d’objecter face aux obscénités, peu importe ce que l’on croit!

C’est ce que tu es, lorsque sans rancoeur, tu portes en toi l’humanité, dans toute sa simplicité, dans son absolue pureté!

Il n’y a pas de mots enfantins ni de mots compliqués – réponds-tu à tes détracteurs- il n’y a que des manières de les raconter.

Si tu sais les projeter et les amener à demeurer au plus profond de ceux qui – bien heureux- ont l’étrange idée de les écouter, c’est seulement parce que tu es bon!

Alors Grande dame ou pas que j’aspire à devenir un jour, je suis pleine d’admiration saine pour toi! Il ne s’agit pas ici de faire état de ton talent insensé, de ta voix éraillée ou de ton visage d’ange mais du fond de ton tréfonds et de ton authenticité jusqu’alors non ébranlée… 

Merci,

Avec mon entière considération. 

 

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