Il est des batailles qu’on ne livre pas.
Non par lâcheté, mais par lucidité.
Car certaines murailles sont si hautes, certaines armées si bien équipées, certains coffres si pondéreux, qu’y jeter sa vérité reviendrait à glisser un post-it sous la porte d’une tour de verre.
J’ai rencontré ce mur. J’ai vu l’assurance d’un puissant, cette morgue qui croit que le pouvoir blanchit tout, que la balance de Thémis penche toujours du côté de son or. La loi -m’assure-t-on- ploie comme un réseau sous le vent de ses choix.
Alors j’ai rengainé ma colère, avalé mon amertume, et choisi d’étouffer mon combat.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là.
Un jour, raconte-t-on, un lion, délivré d’un piège grâce à une souris qui lui avait montré la sortie, refusa de payer sa dette.
— Que vaut ton aide ? railla-t-il. J’ai mes griffes, ma force, ma crinière.
La souris ne répondit rien. Elle s’éloigna, le cœur lourd.
Plus tard, le lion fut pris dans un filet. Cette fois-ci ses pattes, sa robustesse et sa fortune ne purent rien. Et c’est la petite souris, patiemment, obstinément, généreusement, qui rongea les cordes et lui rendit la liberté.
Le plus fort croit toujours que la victoire est dans sa taille. Mais parfois, c’est la mémoire du plus petit, infime mais incorruptible, qui décide de l’issue.
Le colosse fut sauvé.
Il put recommencer à bomber le torse. Mais qu’il s’en souvienne : la grandeur qui écrase finit toujours par trébucher sur ce qu’elle croyait insignifiant.
Et l’histoire le murmure à présent : nul géant n’est si grand qu’il puisse oublier sa petitesse originelle.